lundi 3 mars 2008

J - 136 : La Tibune de Genève, Pages Evenement


Pourquoi Sarkozy exaspère les Français - Le président français est victime de ses écarts et et ses excès.

Ses concitoyens lui reprochent l'étalage de sa vie privée, son goût décomplexé pour le luxe, sa vulgarité et son manque de self-control. Ils attendent des mesures concrètes pour leur pouvoir d'achat.

La Sarkophobie s'empare de l'hexagone
-Neuf mois après son élection, Nicolas Sarkozy ne parvient toujours pas à revêtir ses habits de chef de l'État.
-Les Français ne tolèrent plus ses écarts de comportement et attendent toujours une hausse de leur pouvoir d'achat.
- La nouvelle impopularité du président aura-t-elle des conséquences pour la droite aux municipales?


Quelles conséquences électorales?
Quelles conséquences cette sarkophobie développera-t-elle? On pense aussitôt aux élections municipales des 9 et 16 mars. Or, c'est le travail du premier magistrat de la commune qui sera principalement pris en compte, plus que le comportement du premier magistrat du pays. En revanche, la sarkophobie peut influencer le vote dans les villes où le maire UMP ne se représente pas, ainsi que dans celles où sa gestion est contestée. De même, lorsque les candidats de gauche et de droite sont tous les deux en mesure de gagner, la politique nationale peut faire la différence. Par exemple, la sarkophobie aidera peut-être les socialistes à l'emporter à Strasbourg ou à Toulouse

Le principal ennemi de Nicolas Sarkozy, «c'est lui-même.» Ce diagnostic avait été posé par Jacques Chirac, alors président, à propos de celui qui était encore son ministre. A cette époque, on avait mis ce jugement sur le compte du dépit ressenti par un chef d'Etat en déclin devant l'irrésistible ascension de son futur successeur, honni qui plus est. Actuellement, ce jugement prend toute sa valeur.

Multipliant les écarts de comportement, Nicolas Sarkozy ne parvient pas, neuf mois après son élection, à revêtir ses habits de chef d'Etat. La sarkophobie s'étend en France, même auprès des citoyens qui votent à droite. Elle se fonde sur quatre types de conduite, ou d'inconduite, personnelle.


La vulgarité
Le président développe trois formes de vulgarités différenttes. La vulgarité -intentionnelle, tout d'abord. En promettant de nettoyer un quartier de la banlieue parisienne au Kärcher, en lançant en pleine conférence de presse, «avec Carla, c'est du sérieux», Sarkozy sait qu'il va retenir l'attention des médias et les conduire à «oublier» de traiter des sujets plus ennuyeux pour le pouvoir.

La vulgarité compulsive, ensuite. En pianotant sans cesse sur son portable, même pendant son audience avec le pape, il illustre sa difficulté à se maîtriser.

La vulgarité spontanée, enfin. Le dernier exemple remonte à sa prise de bec, samedi, avec un visiteur au Salon de l'agriculture qu'il traite de «pauvre con». Pour anecdotique qu'il puisse paraiÎtre, cet incident démontre également l'incapacité de Sarkozy à se dominer. Ce qui est plutôt gênant pour un homme qui dispose du feu nucléaire. L'addition de toutes ces formes de vulgarité devient préoccupante pour un magistrat qui doit incarner la République.

Egotisme exacerbé
C'est le président «Moi Je». Lors de son récent discours sur les banlieues, nous avons compté qu'il a prononcé les mots «je veux» à... 47 reprises sur treize pages. Il ne conçoit l'action politique que par rapport à son ego. Le président sait bien déléguer les tâches à ses conseillers et ministres - qui sont tous considérés comme ses «collaborateurs» - mais ne supporte pas qu'ils lui fassent de l'ombre, ne serait-ce que sur ses escarpins. Il apprécie le, travail d'équipe, à condition d'être le seul à en retirer la gloire. Certes, Nicolas Sarkozy écoute et apprécie ses plus proches conseillers, mais ces derniers ne sont pas forcément les interlocuteurs les plus compétents. Et c'est le plus souvent en solitaire qu'il prend ses décisions.

Etalage de la vie privée
Les Français se montrent, à cet égard, fort ambigus. D'un côté, ils prétendent ne plus supporter les aléas de la vie sentimentale du président. De l'autre, ils se ruent sur les nombreux ouvrages qui dessinent la Car-te du Tendre présidentielle. Toutefois, un aspect les hérisse, c'est la fascination de Nicolas Sarkozy pour la richesse et les milliardaires. L'autoaugmentation de son salaire a été mal vécue par ceux qui éprouvent de plus en plus de peine à joindre les deux bouts.

La baisse du pouvoir d'achat
C'est vraiment le sujet qui fâche. Selon 60 millions de consommateurs, mensuel de l'Institut national de la consommation (INC) qui paraît aujourd'hui, les prix des denrées alimentaires ont explosé, de novembre à janvier, jusqu'à plus de 48% d'augmentation. Principaux types de produits touchés par cette hausse: les pâtes, les yoghourts, les fromages. Et non pas les langoustes, le caviar ou les ortolans. Or, les salaires, eux, stagnent. Nicolas Sarkozy qui s'était proclamé «président du pouvoir d'achat» - est aujourd'hui contraint d'expliquer que les «caisses étant vides», il ne peut rien faire. Dès lors, la collision d'images entre un président affichant ses goûts de luxe et la valse des étiquettes dans les supermarchés devient insupportable à un nombre croissant de citoyens.

Les critiques ont fusé
C'est surtout à plus long terme que le rejet de la person. nalité du président risque d'en' traver son action politique, Ainsi, les députés de l'UMP - de plus en plus préoccupés par lie comportement égotiste et imprévisible de Sarkozy - risquent de bloquer certains projets de l'Élysée.

On l'a vu lors de l'enseignement de la Shoah, Sarkozy n'a pas demandé l'avis de personnes compétentes pour prendre sa position. Et les critiques ont fusé au sein de son camp.

Il en est allé de même à propos du rapport de Jacques Attali - que moult députés UMP ont voué aux gémonies - ainsi que de la délicate question de la rétention de sûreté (maintien de certains condamnés dangereux après la fin de leur peine) qui a été fortement amendée par le Conseil constitutionnel, y compris par ses membres issus de la droite.

Les Bourdes Présidentielles
Les Photographes Dimanche 5 août 2007 En vacances au nord-est des Etats-Unis, le président français prend à partie deux photographes qui se sont approchés en hors-bord du quai de la villa où il séjourne. Monté à bord de leur bateau, il les invective «avec véhémence».


le pêcheur Mardi 6 novembre 2007 Nicolas Sarkozy, en déplacement en Bretagne, s'adresse à des pêcheurs du Guilvinec en colère contre les hausses de carburant. Insulté par l'un d'entre eux, il l'interpelle à son tour: «Toi, si tu as quelque chose à dire, tu n'as qu'à venir ici.»


Le Pape
jeudi 20 décembre 2007 Le chef de l'Etat français est reçu au Vatican par Benoît XVI. Il arrive avec un quart d'heure de retard, accompagné notamment de «lhumoriste» Jean-Marie Bigard. Placé à côté du pape, il consulte un message sur son téléphone portable.

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